Muzikzen

Northernlight le bien nommé donne un nouvel éclairage à Schubert
Ensemble de solistes ou petit orchestre ? En composant son Octuor pour cordes et vents, Schubert honore une commande (celle du puissant et musicien comte Ferdinand Troyer) et rend hommage au célèbre Sextuor de son dieu Beethoven, dont il reprend le plan et l’effectif, auquel il ajoute un violon. Une pièce de salon donc, et une affaire viennoise, mêlant fausse légèreté et vraie mélancolie. Une certaine âpreté aussi, longtemps gommée par les interprétations traditionnelles (notamment celle, illustre, des membres du Philharmonique de Vienne) mais sur laquelle les ensembles d’instruments d’époque ont mis l’accent. Pour ses débuts chez Phi – le label créé par Philippe Herreweghe -, le Quatuor Edding, élargi en octuor sous le nom de Northernlight, rebat les cartes : instruments anciens mais culte de la sonorité, dramatisme assumé mais sobriété avant tout. Le chef-d’œuvre y gagne en profondeur et y perd ses habituelles longueurs. Comme pour affirmer cette option introspective, il termine l’album par le Quartettsatz, génial premier mouvement d’un quatuor que Schubert ne termina jamais, et l’une de ses pièces les plus angoissées. Là aussi, les Edding atteignent à un équilibre peu commun.

François Lafon