Il n’y a point de plus grand chef-d’œuvre que le quintette avec clarinette de Mozart. Néanmoins, pour le faire étinceler, il est essentiel que l’interprétation en soit la plus mûre et la plus achevée possible. Le nouvel enregistrement par Nicola Boud et le quatuor Edding a tout cela. Ils jouent sur instruments d’époque ; la clarinette est une reproduction fabriquée à partir d’une image trouvée sur une affiche de concert d’Anton Stadler, l’ami de Mozart et le dédicataire du quintette. Le premier mouvement est captivant. Le grand thème principal prend son vol librement, le mélange des instruments est parfait et le son de la clarinette est magnifique, doux et moelleux. Le mouvement lent est comme une rivière, profonde et onctueuse, mais point trop lent. Le menuet n’est pas précipité et empreint d’un balancement Schubertien. Le trio en mineur sans clarinette est poignant. La fin du finale vous laisse avec le désir d’en écouter encore…
La sublime interprétation du quatuor K.421 vous plongera inévitablement dans le monde de la tristesse. L’exécution sur cordes en boyaux le rend encore plus sombre, et le génie de Mozart n’en est que mieux servi. Chaque détail y est traité avec attention sans que la grande structure en pâtisse. Ces musiciens m’ont tenu en haleine sur le bord de mon fauteuil à travers toute l’œuvre : depuis les vagues romantiques du premier mouvement, suivi par le paysage suspendu du deuxième mouvement, puis par le menuet acéré, et enfin dans la dance désespérée du final.
Dans ce disque, les musiciens ont su saisir et transmettre l’esprit de chacune des pièces, faisant ainsi ressortir la dualité entre la joie et la tristesse, si chère à Mozart. Si après la première écoute, Mozart ne me sortait plus de la tête, c’est parce que cette version m’a donné toute la musique de la meilleure façon que je puisse l’imaginer.